Conférence Unesco : la Culture comme levier du developpement économique du continent Africain

Culture et Architecture deux mots indissociables au levier du développement du continent Africain.
Les activités comme la raison d’être du RAPEC se fondent sur une seule et même conviction : les biens culturels ne sont pas des biens comme les autres. Et il est vrai que l’on ne saurait nier la relation particulière existante entre les individus et les valeurs culturelles. Le professeur Stanislaw Nahlik, spécialiste de la protection des biens culturels, la caractérise de la manière suivante :
« L’individu humain est mortel, et les générations d’hommes se succèdent l’une à l’autre. Mais il est loisible à chacune, aussi passagère que soit son existence, de laisser ici-bas une trace immortelle de son génie, incarnée dans telle œuvre d’art, tel monument historique, tel bien culturel. N’oublions jamais le rapport entre ce qui est passager et ce qui, seul, peut assurer à l’homme et à son œuvre la pérennité. Vita brevis – Ars longa [la vie est brève, l’art est éternel] …. »
Une définition qui a pour mérite de mettre clairement en évidence, pour les biens culturels, la double dimension volontaire de la logique patrimoniale. En effet, elle montre que la question des biens culturels est véritablement une question politique au sens ou : elle concerne la cité et se pose à chaque citoyen. [1]
Dans le contexte de mondialisation actuel et en deçà de la dimension symbolique évidente de la culture, la question des biens culturels du point de vu architectural est à proprement parler une question économique.
La logique de globalisation inhérente au monde mondialisé met les territoires en concurrence. Aujourd’hui, tout territoire se doit d’avoir des stratégies et des techniques de promotion efficaces. L’attractivité est le nouvel impératif pour créer des emplois, augmenter l’investissement dans l’industrie et les services, avoir accès au marché mondial…En résumé devenir : devenir une économie attractive.
L’architecture s’inscrit dans la logique de valorisation des territoires au moyen de ses fonctions de protection du patrimoine et de création de patrimoine. Dans l’esprit de la définition de Stanislaw Nahlik, nous pouvons dire qu’elle a pour objectif spécifique : de valoriser et transmettre intacte aux générations futures l’héritage légué et de constituer un patrimoine pour demain.
La protection et la valorisation du patrimoine historique et culturel s’intègrent dans une démarche économique liée à leur exploitation.
Ainsi la réhabilitation, la conservation des bâtiments, monuments et la construction d’édifices pour abriter les biens ou les activités culturels, comme les musées, ou les salles de spectacles participent pleinement à la dynamique économique du territoire (de la cité)
Cette valorisation accroît la compétitivité du territoire en générant des flux touristiques et redonne une légitimité identitaire aux sociétés concernées.
Le lien entre le tourisme et les biens culturels permet d’aborder la question de la nécessité de constituer à notre tour un patrimoine transmissible.
La construction du patrimoine architectural et l’aménagement du territoire sont au cœur même de la notion d’attractivité, puisqu’il s’agit de concurrencer d’autres territoires et de valider une dynamique économique. a l’échelle internationale, nous pourrions citer des villes qui ont su mettre a profit cette démarche : Paris, Amsterdam, Barcelone pour les plus anciennes ou encore New York pour les plus modernes et plus récemment des villes comme Pékin et Dubaï, qui ont totalement assimilées les enjeux de cette valorisation.
La récente bataille entre Paris et Londres pour l’organisation des jeux olympiques de 2012 démontre clairement l’importance d’investissement structurel et architectural pour l’avenir. On est dans un cadre de compétitivité absolue, les ouvrages bâtis doivent êtres visibles (le « Nid » stade de Pékin), différenciateur et révélateur du génie d’un peuple (l’opéra de Sydney), capable de soutenir et faire face à la concurrence (l’ensemble de la ville de Dubaï).
Il existe des destinations touristiques sur le continent qui sont liées à un attrait patrimonial ancien telles que Sanaa, Djenné et Zanzibar ou encore un qui présentent un intérêt en tant que ville quasi concept en tant que mégapole (Lagos ²).
Il est donc important de poursuivre dans la valorisation de notre patrimoine et dans sa conservation. La quête d’une source de développement et de revenus autres que l’exploitation des richesses naturelles passe la nécessaire mise en place d’infrastructures d’aménagement, permettant de développer et de désenclaver un pays, une région, une ville, et qui vont entraîner une dynamique économique à court, moyen et long terme.
Mais justement l’engouement sur l’esprit de la ville africaine donne au fond la réponse ou soulève une autre question : que faisons nous d’aujourd’hui ?
La construction d’édifices ou de monuments est plus liées à l’idée de « coups » et non à une logique globale, soit par le manque de moyens ou de volonté politique.
La logique purement utilitaire prime sur la valorisation de l’espace. Ce fait remarqué et subit par les architectes locaux, révèle bien le manque d’une vision à long terme ainsi que la reconnaissance de la « Culture », de manière générale, et plus spécifiquement de la culture architecturale comme un potentiel outil de développement.
Néanmoins des projets existent :
- « DAKAR HORIZON 2025 : Un plan d’urbanisme pour 5 millions d’habitants », tel est le projet ambitieux du Sénégal. (http://www.seneweb.com/news/engine/print_article.php?artid=5635)
- Un très ancien projet jamais suivit de fait, pour le Cameroun : « Yaoundé 2000 ». (Cameroun)[2]
- Le projet pharaonique de la nouvelle capitale ivoirienne, à Yamoussoukro (cote d’Ivoire)
- Le projet d’aménagement touristique de la Route des pêches entre Cotonou et Ouidah, au Bénin (http://laroutedespeches.bj/?p=86)
Ces projets urbains nécessiterons que l’on s’interroge sur l’Architecture Africaine, sont rapport face à la modernité, à l’économie, aux enjeux environnementaux et à une identité propre, au delà des clichés référents.
Il faudra mettre en avant une architecture pouvant dépasser la valeur d’usage pour intégrer les valeurs non seulement économiques (en terme d’image), sociales, culturelles et symboliques…
A l’opposé les initiatives privées n’intègrent pas le paramètre architectural alors même que le privé investi énormément dans le bâtiment en Afrique.
Dans ce secteur aussi, le bâtiment se limite, encore, à la simple valeur d’usage, pourtant il y’a, dans certains bâtiments, des velléités d’architecture mais ne font pas nécessairement appel aux bonnes compétences. Paradoxalement on arrive au fait que l’urbanisme se développe de manière anarchique.
En résumé, on peut dire qu’au delà de la valeur patrimoniale intrinsèque à l’architecture, l’expression de la richesse et de la diversité culturelle du continent Africain doit nécessairement passer par la dotation d’espaces facilitant la promotion de cette Culture.
La culture Africaine en tant que ressource ne peut se construire uniquement avec l’énergie des sociétés civiles, mais bien avec des gouvernements ayant des politiques fortes et volontaires…
Mahmoud KELDI, architecte DPLG
[1] Polis = la cité au sens large et ikos qui donne ique est un adjectif signifiant qui concerne le citoyen.
- [2] Mutations , Harvard project on City par Rem Koolhaas- edition Actar 2000
