Batimat 2009

Batimat, jour 1. Sur le plateau TV de l’émission 'Du côté des pros' (Hall 7.1), étaient réunis, en fin de matinée, Mamoud Keldi, architecte et fondateur de l’agence Keldi architectes et Alain Maugard, Président de l’association Qualibat, autour d’un sujet qui semble indémodable : 'Normes et règlementation : frein ou moteur à l’innovation ?'. Compte-rendu.
Pour introduire un tel sujet, Jérôme Bonaldi a privilégié l'anecdote en s'adressant à l'architecte Mamoud Keldi, lequel a connu, en la matière, quelques désagréments. L'architecte avait imaginé, dans le cadre d'un projet de lycée, un alliage en verre armé. Pertinentes à l'époque de leur conception, ces plaques de verre ne l'étaient plus, quatre ans plus tard, au moment de la réalisation du projet, les normes ayant, entretemps, évolué pour s'adapter au contexte européen. Révélatrice des revers de toute règlementation, cette mésaventure s'est néanmoins bien finie pour Mamoud Keldi, lequel a "jonglé avec la règlementation pour pouvoir poser les plaques de verre".
"Si votre produit était périmé en passant d'une règlementation à l'autre, ça veut tout de même dire qu'il était limite", a souligné Alain Maugard, président de Qualibat, selon lequel "les normes européennes sont effectivement en train de se substituer progressivement aux normes nationales". En fait, la plupart des produits du bâtiment sont, selon le président de Qualibat, 'passés' aux normes européennes. "Bientôt, chaque fois que vous utiliserez un produit, peu importe où en Europe, il aura les mêmes caractéristiques", a-t-il dit.
Si les instruments "de mesure" seront sans tarder identiques dans l'ensemble des pays européens, Alain Maugard précise qu'en revanche, "les cultures de construction ne sont pas les mêmes". "Les mises en oeuvre sont différentes d'un pays à l'autre", a-t-il souligné. Et de donner l'exemple des tuiles, un produit à double étanchéité dans la plupart des pays européens, sauf dans certains pays du sud, où les toits sont généralement recouverts d'une unique couche de tuiles.
Occasion pour Jérôme Bonaldi de poser l'inévitable question : "Toute cette règlementation ne manque-t-elle pas de souplesse ?". "On ne peut pas à la fois constater que le secteur du bâtiment est de plus en plus complexe tout en voulant des normes de plus en plus simples", a répondu Alain Maugard. Les normes sont-elles le reflet de cette complexité ou participent-t-elles à complexifier le monde de la construction ? Sans répondre à cette question, le président de Qualibat l'a tout de même posée.
"Une norme est surtout faite pour les produits traditionnels", a-t-il poursuivi. Le président de Qualibat a rappelé qu'en matière d'innovations, c'est l'avis ou l'agrément technique qui s'applique, afin "de sécuriser l'utilisation du produit". En fait, l'obtention d'un avis technique permet essentiellement, selon Alain Maugard, "de percer sur un marché".
Revenant à l'européanisation des produits et procédés, Jérôme Bonaldi a posé la question suivante : "Le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) ne devrait-il pas se transformer en CESTB (Centre Européen Scientifique et Technique du Bâtiment) ?", une interrogation que le président de Qualibat juge, à l'entendre, très pertinente : "Nous aurions intérêt à nous regrouper et à harmoniser nos méthodes de construction", a-t-il répondu. Néanmoins, ce dernier a de nouveau mis l'accent sur les "limites climatiques et culturelles" en soulignant qu'il est essentiel de concevoir une organisation qui 'collerait' à la diversité de climats et de cultures.
"Si on veut quelque chose de connexe à plusieurs pays, je pense qu'il faut laisser plus de place à la période de conception des produits", a conclu le président de Qualibat. En écho à ce propos, Mamoud Keldi a souligné : "Nous souhaitons de l'adaptabilité".
Emmanuelle Borne
http://www.ducotedespros.tv/videos/batimat-2009-debat-entre-alain-maugard-et-mahmoud-keldi
